Plaidoyer pour une existence pourrie

Se créer une existence la plus pourrie possible serait-ce la clé du bonheur ?
Oui, certainement, car au plus notre vie est nulle, au moins on a d’angoisse liée à sa perte. Libéré de cette angoisse existentielle, la vie peut s’aborder de façon beaucoup plus fun.

Concrètement, cela revient à :
– ne pas avoir d’ami
– ne pas avoir de petit ami (ou ne pas s’attacher)
– ne (surtout) pas avoir d’enfant
– ne pas avoir d’argent en trop
– ne pas avoir d’espoir
– ne pas avoir de projet
– ne pas avoir d’amour propre

 

Par opposition, pour bien ressentir cette théorie, remarquons à quel point un excès de bonheur est source de malheur :
– vous avez une super femme (ou un super compagnon) mais tôt ou tard vous la perdrez (séparation, mort). Si par chance votre histoire se poursuit jusqu’à la mort, vous aurez la plus grande peine du monde à voir, petit à petit, votre petit ange, cette douce beauté, devenir une anonyme petite mémé.
– Vous avez quelques bons amis, mais idem, vous devez vivre avec la certitude qu’ils disparaîtront, vieilliront, tomberont malade, tout comme vous, et tout ceci sera très très cruel.
– Vous avez un ou des enfants ? c’est le pire du pire des cas de figure. Vous ne vivez plus avec une angoisse singulière en rapport avec votre (plus ou moins) petite vie, mais vous passez au niveau supérieur : vous flippez pour plusieurs. Et pas n’importe quel « plusieurs » : vos petits bouts de choux, si beaux et si fragiles, en proie à ce monde si mauvais et si horrible. Et ce n’est pas comme si c’était plusieurs « vous ». Ce sont des « choses » bien plus importantes que vous et plus fragiles que vous (bon, il parait qu’à partir d’un certain nombre d’enfants (5 ? 6 ? 8 ? 15 ?), on n’a plus assez d’énergie pour alimenter un tel flip : on devient plus zen, on s’en fout quasiment). Bien sur, on surmonte tout ça, on s’arrange pour que petit à petit les enfants gagnent en force et en autonomie, qu’ils deviennent des êtres accomplis, heureux, souriants, confiants. Oui mais on est plus que jamais dans le cadre de notre théorie : on a gagné en bonheur, donc plus dur sera le futur. Ces beaux enfants, si parfaits et si contents, grandiront (si tout se passe bien), affronterons eux-mêmes ce système d’angoisse décuplée (et bien d’autres choses) s’ils ont des enfants. Vous les verrez sans doute s’affaiblir, ils vous verront vieillir, décrépir, tout cela dans le meilleur des cas (c’est-à-dire si personne n’est victime d’une fin prématurée de sa vie). Je dis bien dans le meilleur des cas. La meilleure chose qui puisse vous arriver à vous, Êtres heureux, c’est de voir vos enfants grandir, être pris dans un tumulte de soucis plus ou moins grand, vieillir, vous voir de plus en plus vieux, et vivre avec la certitude absolue que tout ce beau monde sera séparé tôt ou tard…à tout jamais. Génial, non ?

 

Autre domaine potentiellement générateur de bonheur : l’argent. Vous êtes très riches, mais voilà : vous tombez malade comme les autres, vous souffrez comme les autres, vous mourrez comme les autres. Puis vous craignez qu’on vous attaque, qu’on enlève vos proches pour vous soutirer de l’argent. Et, suprême souffrance, vous ne savez plus si les gens vous aiment réellement ou s’ils vous aimeraient si vous étiez moins fortuné. Vous pouvez tout acheter, mais n’êtes pas sur d’avoir le bien le plus précieux que sont l’amour ou l’amitié sincère. Vous êtes malheureux.

 

Nous avons vu qu’une vie pourrie, en évitant certains bonheurs, permettaient d’éviter les malheurs qui y sont liés. Mais est-ce qu’éviter les malheurs ainsi rend vraiment heureux, et si oui, est-ce que le bonheur ainsi obtenu sera source lui aussi de malheur ?

 

PS: Petite précision: c’est à prendre au second degré, bien sur, juste une réflexion sur l’angoisse de perte, mais notons bien que:
– j’aime mes proches, enfants, compagne, amis, famille, et je ne regrette pas du tout de les avoir à mes cotés
– je plains sincèrement ceux qui ont une vie triste ou se sentent seuls

 

Photo par Jim Fischer on Flickr.com
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Homeless in Sugamo 1
Taken on August 2 2006 in Sugamo, Tokyo, Japan. One of the many homeless people in Japan – an often forgotten aspect of Tokyo. Nikon F3 and Nikkor 85mm f/1.4
Licence Creatice Commons

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