L’Enfer…c’est le Travail

Je ne parlerai pas ici du travail choisi par vocation ou qui permet l’exercice d’une passion (de nombreux artistes reconnaissent la chance qu’ils ont de pouvoir s’adonner à leur activité favorite tout en gagnant de l’argent).
Il sera plutôt question du travail subi, obligatoire, qui est le lot commun de millions de français. (il y a bien sur un paradoxe à se plaindre de ce travail là, alors que de nombreuses personnes aimeraient tant trouver un emploi; mais on s’intéresse dans cet article non pas à la « joie » d’avoir un travail mais au ressenti que l’on peut avoir durant des années « au charbon »).

Le travail tue la santé
En général, moins le travail est qualifié, plus il est néfaste pour la santé. C’est cynique mais logique: vous débutez, vous n’avez pas de formation, ou bien vous cherchez un travail depuis longtemps? Et bien vous prenez ce qu’il y a, quitte à être moins regardant sur les conditions de travail.
Une fois que c’est devenu votre job, vous commencez à cerner les effets possibles sur votre santé (ils diminuent légèrement si vous avez la chance de gravir l’échelle sociale).
Parmi les contraintes physiques liées au travail, citons:
– Contraintes posturales et articulaires
– Nuisances thermiques
– Manutention manuelle de charges
– Nuisances sonores
– Travail avec machines et outils vibrants
– Radiations, rayonnements
– Situations avec contraintes visuelles
– Exposition aux produits toxiques, biologiques, aux poussières
Tout cela conduit irrémédiablement, à terme, à une détérioration de la santé.
Les accidents du travail font aussi courir un risque non négligeable dans de nombreuses activités professionnelles.

De quoi tordre le cou à l’expression populaire « Le travail c’est la santé ».

Le travail est épuisant psychologiquement
Futurs travailleurs: sachez que le stress, et la pression psychologique accompagneront la plupart d’entre vous, et que vous n’y pourrez pas grand chose!
– Vous débutez, ou vous occupez un poste peu qualifié? Vous sentez au quotidien que vous êtes un « inférieur »: vos collègues du même niveau mais ayant de l’ancienneté vous montrent leur supériorité ou bien, vous subissez les délires « petits chefs » de ceux qui ont juste un peu plus de responsabilités que vous.
– Vous pouvez subir d’importantes contraintes organisationnelles qui affecteront votre moral.
Exemple: moyens matériels inadaptés et insuffisants pour le travail, travail posté en équipe fixe, dépendance vis-à-vis du travail des collègues, durée de travail variable selon les semaines, déplacement automatique de pièces ou cadence automatique, abandon fréquent d’une tâche pour une autre non prévue, etc…
– dans les emplois où vous êtes face au public, vous pouvez être victime de l’humeur des gens, de leur caractère, de leur stupidité, de leur folie etc…Ceci peut être très usant psychologiquement
– dans le domaine commercial, vous êtes sans cesse sous la pression du résultat, de l’atteinte de vos objectifs, faute de quoi, vous risquez: une baisse de salaire, un licenciement ou un dépôt de bilan (si vous étes chef d’entreprise), une dévalorisation aux yeux des autres.
– travailleurs précaires ou travailleurs en CDI dans des secteurs en déclin , vous vivez au jour le jour, avec l’angoisse de perdre votre emploi, vous faisant craindre les conséquences négatives en cascade que cela peut entrainer (perte de logement, de sécurité matérielle en général, problèmes relationnels, etc..)

Le travail prive d’un temps précieux
On doit prendre en compte à la fois le temps de travail et les temps de trajets pour s’y rendre. Tout cela mis bout à bout, fait qu’une grande partie de la vie est consacré à ce travail (qui , comme je l’ai précisé au début, n’est pas choisi, mais vécu comme une obligation). A la fin d’une carrière de 40 ans, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a un réel gâchis: combien d’autres activités aimées ont du être négligées, voir abandonnées à cause de ce foutu travail? Et tout ce temps est si vite passé (pris par son travail, les trajets, les autres obligations, on a une impression indéniable de fuite accélérée du temps).
Et combien de ces travailleurs arrivent à la retraite , usés, stressés, épuisés ?

Le travail…obligatoire?
L’homme doit subvenir à la fois à ses besoins essentiels (se nourrir, se loger, et..), mais il est aussi poussé à gagner sa vie pour satisfaire des désirs assez futiles (la plupart du temps créés par les grands fabricants, disposant d’une force de communication ( de persuasion) publicitaire considérable. Ces « choses qu’on nous proposent (nous donnent envie d’autre choses) » (Alain Souchon) sont achetées en masse, et leur possession devient une norme, à laquelle il faut se conformer. Et pas d’argent sans travail. « Travailler plus, pour gagner plus » et acheter plus, et croire qu’on est plus heureux…

Le travail muselle les hommes
En prise aux multiples contraintes que j’ai énoncées (obligation, pression psychologique, fuite du temps, contraintes physiques, etc..), l’homme voit sa capacité de réflexion, ses progrès intellectuels fortement réduits. Il devient pour les puissants un être facilement malléable (et encore plus dans les périodes de crise, où il ne viendrait à personne l’idée de critiquer le travail, alors que tant de personnes en manquent)
Voici ce qu’écrivait Nietzsche en 1881 à ce sujet:
« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous :à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, ce qu’on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. – Et puis ! épouvante ! Le « travailleur », justement, est devenu dangereux (1) ! Le monde fourmille d’ « individus dangereux » ! Et derrière eux, le danger des dangers – l’ individuum (2) ! […] Êtes-vous complices de la folie actuelle des nations qui ne pensent qu’à produire le plus possible et à s’enrichir le plus possible ? Votre tâche serait de leur présenter l’addition négative : quelles énormes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour une fin aussi extérieure ! Mais qu’est devenue votre valeur intérieure si vous ne savez plus ce que c’est que respirer librement ? si vous n’avez même pas un minimum de maîtrise de vous-même ? »

Nietzsche, Aurores (1881), Livre III, § 173 et § 206, trad. J. Hervier, Gallimard, 1970

Pour finir, je précise, car je ne voudrais pas démoraliser les jeunes notamment, que j’ai voulu aller à fond dans un raisonnement critique du travail, car c’est aussi l’intérêt d’une rubrique « humeur ». Mais il existe, bien entendu, de bons cotés dans la vie professionnelle. Nous sommes aussi dans un pays réputé pour ses acquis sociaux, et, heureusement, certaines lois existent pour protéger le travailleur.
Avoir conscience des inconvénients permet , peut-être de mieux les digérer, et surtout et c’est l’essentiel, de garder toujours une part d’énergie pour faire, dés qu’on le peut, ce que l’on aime et réfléchir un peu…

PS: France3 a diffusé en 2009 un très bon documentaire en 3 parties intitulé « La Mise à mort du travail« .
Le réalisateur avait été interviewé sur France Inter:

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