La légion d’honneur, déshonorante?

Selon Wikipedia : « L’ordre national de la Légion d’honneur est l’institution qui, sous l’égide du grand chancelier de l’ordre et du grand maître, est chargée de décerner la plus haute décoration honorifique française. Elle a été instituée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte. Elle récompense depuis ses origines les mérites éminents militaires ou civils rendus à la Nation. »

Qu’est-ce qui pousse des hommes ou des femmes ordinaires, chanteurs, journalistes, présentateurs télé, etc (qui n’ont pas rendu de mérites éminents à la nation) à accepter une telle décoration?

C’est, à mon avis, par grande faiblesse qu’ils ont succombé à la tentation d’être ainsi distingués. Par fierté, comme une petite récompense de « parvenus ».

Cela ne serait pas si grave s’il n’y avait pas, par la même occasion, une sorte de soumission au pouvoir politique: on a été choisi, décoré, honoré: on est forcément redevable, même inconsciemment. D’une certaine façon, on s’est fait ainsi domestiquer.
Et puis quelle vanité déplacée!
– Madame, Monsieur, aux cotés des héros, des « morts pour la France », vous faites honneur à la nation
– oui, oui, je sais, merci
Quelle mascarade!
Le pire est, je pense, le journaliste politique qui accepte une telle récompense de la part d’un homme politique…

Voyons, avec cet extrait de l’article de Wikipedia consacré à la légion d’honneur, ceux qui ont refusé cette décoration et pour quelles raisons:
« Les collaborateurs du Canard enchaîné se sont donnés depuis toujours comme règle de refuser les décorations, au premier rang desquelles la Légion d’honneur (Pierre Scize, journaliste, fut renvoyé du journal en 1933 pour l’avoir acceptée bien qu’elle lui fut décernée à titre militaire.)
Ils refusèrent la décoration : le dramaturge Népomucène Lemercier refusant de prêter serment à l’Empereur et à sa dynastie, La Fayette, le poète Jean-François Ducis (qui préférait « porter des haillons que des chaînes »28), Mgr Maurice de Broglie, Gérard de Nerval, Nadar, George Sand (qui écrivit au ministre qui lui proposait la croix : « Ne faites pas cela cher ami, je ne veux pas avoir l’air d’une vieille cantinière ! »), Honoré Daumier (qui déclara : « Je prie le gouvernement de me laisser tranquille ! »), Émile Littré, Gustave Courbet, Guy de Maupassant, Maurice Ravel (qui refuse immédiatement cette distinction, sans donner de justification), Pierre et Marie Curie (Pierre, à qui l’on proposait la croix, rétorqua simplement : « Je n’en vois pas la nécessité »), Claude Monet, Georges Bernanos, Eugène Le Roy, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Antoine Pinay30, Brigitte Bardot (qui est décorée en 1985 mais refuse d’aller la chercher), Aimé Césaire, Catherine Deneuve, Claudia Cardinale, Mylène Farmer (à plusieurs reprises)[réf. nécessaire].
Hector Berlioz, auquel l’État désargenté voulait payer une messe de Requiem avec le ruban rouge au lieu de verser les 3 000 francs promis, s’écria : « Je me fous de votre croix. Donnez-moi mon argent ! ».
Des poètes comme Jacques Prévert, Georges Brassens qui en fit une chanson ou Léo Ferré, qui a brocardé « ce ruban malheureux et rouge comme la honte ».
Geneviève de Fontenay, la présidente du Comité Miss France qu’un sénateur de Savoie voulait proposer, l’a aussi refusée pour des raisons inverses : « C’est vraiment désacraliser le ruban que de le distribuer à n’importe qui… comme des médailles en chocolat. »
Distingué fin décembre 1997, l’écrivain Bernard Clavel a fait savoir qu’il refusait de recevoir la Légion d’honneur, préférant rester « dans le clan de ceux qui l’ont refusée ». Il a ajouté que son oncle Charles Clavel l’avait reçue parce qu’il avait abondamment versé son sang pour son pays dans une terrible guerre : « Je pense qu’il se retournerait dans sa tombe en me voyant porter le même ruban que lui. » C’est également le cas de Philippe Séguin, dont le père est mort sans la recevoir.
En 1949, le ministère de l’Éducation nationale propose la décoration à Marcel Aymé. La réponse donnée par l’écrivain est restée célèbre. Il termine son article par ces mots : « […] pour ne plus me trouver dans le cas d’avoir à refuser d’aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens. »
(« licence Creative Commons partage à l’identique », lien vers l’article: http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gion_d%27honneur

Et parmi nos contemporains, de nombreux journalistes connus ont accepté la légion d’honneur. Ils ont certainement leurs raisons, car ils ne sont pas dénués d’intelligence, mais je ne comprends pas.
L’honneur revient à ceux qui l’ont refusée.

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